Entretien avec Carole Redolfi, Secrétaire générale du Ballet Preljocaj
Fonds de dotation Francis Kurkdjian : Qu’est-ce qui distingue cette deuxième édition des Rencontres de la première ? Quels ajustements ont été apportés ?
Carole Redolfi : “La première édition avait avant tout valeur de laboratoire. Il s’agissait d’une première expérience pour tester un format inédit et observer les attentes des jeunes danseurs comme des responsables de ballets juniors.
Cette deuxième édition s’inscrit dans une logique de consolidation et d’approfondissement. Le réseau européen des ballets juniors invités a été élargi, avec la participation du Ballet Junior de l’Opéra de Norvège, de la Royal Danish Ballet School, du Ballet Junior de Munich et de la formation IT Dansa de Barcelone.
Un ancrage régional est toutefois maintenu, avec l’accueil du Cannes Jeune Ballet, partenaire du Ballet Preljocaj, ainsi que de la formation Coline, structure professionnalisante basée à Istres.
Cette édition marque également l’intégration du Ballet Junior de l’Opéra de Paris, dont il s’agit de la première promotion, présentée en partenariat avec le Grand Théâtre de Provence.”
Fonds de dotation Francis Kurkdjian : Comment les chorégraphes et les pièces présentés sont-ils choisis ?
Carole Redolfi : “Chaque ballet junior dispose d’un répertoire propre. Les responsables transmettent les œuvres disponibles pour la saison, et la sélection est ensuite effectuée de manière à valoriser la singularité de chaque formation tout en garantissant une diversité de styles et de techniques.
Le programme du Ballet Junior de l’Opéra de Paris illustre cette approche, en réunissant des chorégraphies de George Balanchine, Maurice Béjart, José Martinez et Annabelle Lopez Ochoa, articulant tradition classique et écritures contemporaines.
Le Ballet Preljocaj Junior présente quant à lui une reprise d’Near Life Experience (2003) d’Angelin Preljocaj, recréée spécifiquement pour les jeunes interprètes. Cette pièce explore des états de corps proches de la transe, tout en exigeant une grande rigueur technique et interprétative.
Les soirées collectives permettent de croiser des esthétiques contrastées : de la tradition néoclassique du Royal Danish Ballet School avec un duo de Bournonville, à des créations contemporaines portées par le Cannes Jeune Ballet, le Ballet Junior de Munich, l’Opéra de Norvège, la formation Coline ou IT Dansa, avec des œuvres de Marco Goecke, Alan Lucien Øyen, Arno Schuitemaker ou Ohad Naharin.”
Fonds de dotation Francis Kurkdjian : Quel rôle joue le format “rencontres” (conférences, ateliers, masterclasses) dans le repérage des jeunes danseurs ?
Carole Redolfi : “Ce format est central et appelé à être pérennisé. Il permet aux jeunes danseurs de se rencontrer, de se confronter à d’autres formations et de sortir d’un cadre strictement scolaire.
Ils sont observés dans différents contextes : en représentation, en cours partagés, et lors de masterclasses, notamment celles animées par Stéphane Loras, responsable de la pédagogie et ancien danseur du Ballet Preljocaj.
Cette diversité de situations offre une vision plus complète des interprètes, sans les placer dans un contexte d’audition formelle.”
Fonds de dotation Francis Kurkdjian : Quel impact ces Rencontres ont-elles sur la structuration d’un réseau européen pour les jeunes danseurs ?
Carole Redolfi : “Les Rencontres permettent aux danseurs comme aux structures de mieux se situer dans le paysage des ballets juniors européens. Elles favorisent la connaissance mutuelle et stimulent la circulation des idées, des pratiques et parfois des invitations croisées entre formations.
Elles contribuent ainsi à la construction progressive d’un réseau, tant artistique que pédagogique, qui dépasse le cadre de l’événement lui-même.”
Fonds de dotation Francis Kurkdjian : Avez-vous observé des coopérations au-delà des rencontres ?
Carole Redolfi : “Des échanges se poursuivent effectivement entre responsables de ballets juniors, notamment autour des auditions, de la pédagogie ou de projets communs. Ces dynamiques prolongent les liens noués lors des Rencontres et renforcent leur impact à long terme.”
Fonds de dotation Francis Kurkdjian : La diversité culturelle est-elle un enjeu central pour ces rencontres ?
Carole Redolfi : “La diversité est essentielle. Chaque danseur arrive avec une histoire, une sensibilité et un rapport au corps singuliers. Cette pluralité nourrit les interprétations, le processus de création et la dynamique collective, en particulier dans le champ de la danse contemporaine.”
Fonds de dotation Francis Kurkdjian : En quoi ces Rencontres participent-elles à l’évolution des codes de la scène chorégraphique européenne ?
Carole Redolfi : “Elles placent l’échange et la bienveillance au cœur du processus artistique. Les jeunes danseurs, souvent habitués à des contextes compétitifs, se retrouvent ici dans un cadre inclusif et collectif.
Ces temps de partage participent à la construction des artistes de demain, en favorisant une approche ouverte, collaborative et attentive à l’autre.
Ces Rencontres accueillent plus d’une centaine de jeunes danseurs sur près de trois semaines. Elles constituent un temps fort pour les artistes comme pour le public, en mettant en lumière une génération en devenir et en favorisant des échanges essentiels au plateau comme en dehors.”
Fonds de dotation Francis Kurkdjian : La nomination de Stéphane Loras à la direction de la pédagogie marque une transition importante. Comment celle-ci a-t-elle été accompagnée ?
Carole Redolfi : “Stéphane Loras est un ancien danseur du Ballet Preljocaj. Il connaît en profondeur le travail d’Angelin Preljocaj et a déjà collaboré avec lui sur plusieurs projets, y compris à l’international.
Son expérience, sa connaissance du répertoire et ses qualités pédagogiques ont permis une transition fluide, sans rupture dans la dynamique de la formation.”